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Le dilemme du prisonnier français

Dans la théorie des jeux, le dilemme du prisonnier décrit une situation dans laquelle 2 joueurs ont intérêt à coopérer mais dans laquelle le choix rationnel pousse à trahir l’autre.
En pratique, il s’agit de 2 prisonniers isolés, sans moyen de communication donc de concertation, qui se voient proposer un marché par l’administration pénitentiaire :

Les options des prisonniers sont les suivantes:
 — si un des deux prisonniers dénonce l’autre, il est remis en liberté alors que le second obtient la peine maximale (10 ans) ;
  — si les deux se dénoncent entre eux, ils seront condamnés à une peine plus légère (5 ans) ;
  — si les deux refusent de dénoncer, la peine sera minimale (6 mois), faute d’éléments au dossier.

D’une manière générale, le prisonnier a donc intérêt à dénoncer l’autre de manière à minimiser sa propre peine. Il s’agit d’un choix rationnel qui, pourtant, n’est pas optimal : si les deux choisissent de se taire, ils ne feront que 6 mois de prison contre 5 ans s’ils se dénoncent mutuellement.

Oui mais voilà, comment s’assurer que l’autre fera le même choix? Il n’existe aucun moyen de s’en assurer, tout repose sur la confiance mutuelle.

Avec 2 prisonniers, c’est assez simple. Imaginez maintenant le même genre de problème avec… 60 millions de personnes.

Et si la situation actuelle de la France pouvait être comparée à un dilemme du prisonnier géant?

La logique rationnelle voudrait que les Français acceptent le changement, porteur d’amélioration pour tout le monde.
Mais chacun estime que l’autre va « gruger » et tirer la couverture à lui.

Dans le principe, chacun est prêt aux efforts, sous réserve que ce soit l’autre qui les supporte.
C’est bien connu, l’herbe est plus verte dans le pré d’à côté. Il est donc « normal » que l’effort soit porté par d’autres que soi.

Pour certains, les politiques ne joueront pas le jeu (chat échaudé craint l’eau froide), pour d’autres, l’autre, l’étranger par exemple, est responsable de tous les maux. Pour d’autres enfin, une catégorie de la population, au hasard les fonctionnaires, ne fait aucun effort.
Je n’oublie évidemment pas les patrons qui pensent que les salariés sont trop protégés et coûtent trop cher, pas plus que les salariés qui pensent que les patrons veulent juste les exploiter pour faire toujours plus de fric.

Bref, tout le monde est à peu près d’accord pour constater le blocage et réclamer du changement, mais personne n’accepte de faire le premier pas, de peur d’être tout seul à en supporter les conséquences.

Là encore, la confiance n’y est pas. Il est donc plus « confortable » de ne rien changer, plutôt que d’accepter un changement qui pourrait nous être défavorable.
Avec ce type de raisonnement, on va tous prendre la peine maximum.

Sauf… si « ça pète ».

Dans ce cas là, les données du problème changent: la question ne sera plus de savoir quoi sacrifier ou quoi protéger. Si ça pète, nous seront au pied du mur.

Dit autrement, nous risquons d’avoir le choix entre perdre beaucoup, ou perdre énormément, voire tout. En tout état de cause, si l’on va jusqu’au clash, il paraît illusoire d’espérer sauver les meubles. Ce sera la peine maximum pour tout le monde, plutôt que quelques efforts permettant de conserver un ensemble finalement pas si mal que ça.

Ceci étant, le choc d’une révolte de grande ampleur pourrait également avoir pour effet de souder à nouveau la population, par delà les clivages traditionnels. Ce rapprochement pourrait alors déboucher sur un consensus pour faire évoluer le système (je sais, c’est très optimiste… mais c’est au conditionnel aussi hein…).

En attendant, il paraît urgent de ne rien faire car, c’est bien connu:

C’est au pied du mur qu’on voit le mieux le mur…